Index - FAQ - Rechercher - Membres - Groupes - S’enregistrer - Messages Privés - Connexion
Quand «Dr House» influence les malades

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Institut des Sciences Medicales de Sétif Index du Forum -> Une Vie d'un Medecin -> Actualité Médicale
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
midou_med
Lieutenant-Colonel
Lieutenant-Colonel

Hors ligne

Inscrit le: 11 Sep 2008
Messages: 165
Filière: Étudiant(e) en Medecine
Masculin
Point(s): 242
Moyenne de points: 1,47

MessagePosté le: Sam 21 Nov - 18:36 (2009)    Sujet du message: Quand «Dr House» influence les malades Répondre en citant

Des dizaines de millions de spectateurs dans le monde suivent la série médicale Dr House dont les scénarios, écrits sous contrôle d'une armada de médecins, s'inspirent souvent de cas exceptionnels.
Le médecin détective de la série fait des miracles. Difficile pour les patients d'accepter que les vrais praticiens ne réalisent pas les mêmes prouesses thérapeutiques !

Depuis quelques années, la frontière entre le monde réel et le monde virtuel s'estompe dans tous les domaines, y compris en matière de santé. Il est très difficile parfois pour le public de comprendre, donc d'admettre, les limites que les contraintes de la réalité imposent à la médecine moderne, comme l'illustre la loufoque et inquiétante pratique médicale du Dr House, personnage éponyme d'une série télévisée américaine.
Huit millions de téléspectateurs en France (des dizaines de millions de par le monde) regardent chaque semaine, sur TF1, cette passionnante série où les docteurs prescrivent des batteries d'examens invasifs ainsi que des traitements médicaux peu orthodoxes et, pour tout dire, dangereux. Dans quelle mesure s'attendent-ils, lorsqu'ils tombent eux-mêmes malades, que des Dr House, en chair et en os cette fois, les découpent en rondelles virtuelles dans leurs scanners ou leur injectent à tout-va des drogues expérimentales à l'essai ?
Selon notre confrère Andrew Holtz, ancien journaliste médical à CNN, qui vient de publier un livre sur la fameuse série (The Medical Science of House, MD, Berkley Boulevard Books), les séries médicales de ce genre modifient l'image qu'ont les téléspectateurs du fonctionnement de la médecine. Ces fictions les incitent à croire que ces prouesses thérapeutiques imaginaires sont possibles et qu'ils sont en droit de demander à leur médecin d'en bénéficier à leur tour.
«En réalité, les hôpitaux sont incapables de fournir à leurs patients les médicaments “vus à la télé” et les études montrent que les traitements lourds peuvent parfois faire plus de mal que de bien, explique Andrew Holtz. Dans ces émissions, les traitements administrés ont tendance à être très interventionnistes et agressifs… parce que c'est l'action qui intéresse les gens.» Selon lui, les producteurs des programmes «mettent la pression sur les scénaristes pour montrer des opérations chirurgicales lourdes qui marchent presque toujours, ce qui est complètement illusoire. Les gens sont ensuite persuadés que si vous cherchez suffisamment, si vous dépensez assez d'argent, si vous trouvez le bon docteur, alors vous serez sauvé. Mais cela ne se passe pas comme ça dans la réalité…»
Les scénarios de Dr House, écrits sous le contrôle d'une armada de médecins, s'inspirent souvent de cas exceptionnels décrits dans les grandes revues médicales. Avec la fâcheuse tendance, malgré une certaine cohérence scientifique, à présenter des cas médicaux rarissimes comme s'ils étaient fréquents.

«On est à Hollywood, tout peut arriver»Chaque épisode suit la trame d'une véritable investigation policière. Par exemple, un malade souffre brutalement de symptômes respiratoires et neurologiques, avec une atteinte aiguë du foie, dont il risque de mourir s'il n'est pas immédiatement pris en charge. Heureusement pour lui, avec la liste des signes cliniques inscrits sur son tableau, avec sa canne virevoltante, sa morgue hautaine, son cynisme irrévérencieux, le Dr Gregory House (joué par l'acteur Hugh Laurie) va avoir une idée fulgurante de diagnostic. L'intoxication ressemble, selon lui, à un empoisonnement chronique par un gaz organo-chloré, un petit-cousin des gaz de combat. Sur ces entrefaites, on apprend que le petit chat du malade vient de mourir. Après avoir envoyé un de ses jeunes internes exhumer la dépouille du félin, le Dr House examine au microscope un prélèvement du foie de l'animal et - ô miracle ! - confirme son diagnostic en trois coups de cuillère à pot.
Mais d'où vient le gaz délétère ? Il faudra patienter jusqu'à la fin de l'épisode, et la destruction d'une paroi de la maison à coups de masse, pour que nos médecins détectives découvrent le pot aux roses : un nid de termites ! La nuit, ces insectes dévoreurs de charpente produisent suffisamment de gaz mortel pour tuer le chat et gravement intoxiquer le héros malgré lui de l'épisode…
Prenons maintenant l'exemple des traitements expérimentaux. Contrairement aux pratiques de Gregory House, les vrais médecins seraient bien en peine de les distribuer à leurs patients à volonté et au gré de leur inspiration. En France, l'utilisation de ces médicaments en cours d'essais est soumise à l'avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) selon des critères très restrictifs. Et pour les tester chez l'homme, il faut l'autorisation du Comité consultatif de protection des personnes dans la recherche biomédicale. Autant de procédures dont on ne risque pas d'apprendre l'existence en suivant les exploits du Dr House !
En réalité, la fameuse série concentre, la plupart du temps en un seul épisode de 50 minutes, une recherche diagnostique qui, «en vrai», prend plusieurs jours, voire plusieurs semaines. En outre, elle incarne à travers un seul personnage la compétence, l'expérience et le flair de toute une équipe de médecins et de spécialistes.

«Les vrais Dr House, c'étaient les mandarins»Le Dr Allan Hamilton, consultant de la série médicale américaine Grey's Anatomy, craint que les désirs des producteurs n'aient de graves conséquences sur la réalité médicale. «Ils vous disent : “On veut un patient qui va vraiment bien jusqu'à ce qu'un petit truc tourne affreusement mal.” Quand je leur explique que ça ne peut pas arriver de cette manière, en général, ils me répondent : “Oui, mais on est à Hollywood, tout peut arriver”». Le praticien américain s'inquiète des effets que peuvent avoir les traitements expérimentaux qui sont montrés aux téléspectateurs. «Après avoir vu cela, les gens se demandent : “Est-ce qu'on peut trouver des médecins pareils, y a-t-il un Dr House pour s'occuper de moi ?”»
«Les vrais Dr House, c'étaient les grands patrons, ces mandarins qui faisaient des hypothèses au lit du malade. Sans IRM ni scanner !», explique le Pr David Elkharrat, patron du service des urgences de l'hôpital Ambroise-Paré, à Boulogne, près de Paris. Ils existent toujours, aux États-Unis comme en Europe. En effet, le véritable «troubleshooting», c'est-à-dire la recherche des pannes ou des ratés des organes du corps est le fait de diagnosticiens qui sont soit des réanimateurs, soit des spécialistes de médecine interne, au savoir encyclopédique. Ils sont capables - comme le fait le Dr House - de réunir des symptômes, d'y associer des pistes diagnostiques. Soit au lit du malade pendant la visite, soit au cours de ces «staffs» où sont évoqués les cas difficiles, les praticiens se livrent à des joutes intellectuelles brillantes, où s'entrechoquent les concepts.
Et, comme dans la série Dr House, c'est surtout les «moutons à cinq pattes», accumulant des symptômes bizarres ou incompréhensibles, que ces spécialistes cherchent à élucider. «Le risque c'est que le public, qui voit dans Dr House des patients jeunes, beaux, soudain très malades et qui guérissent complètement, puisse penser que cela se passe ainsi en vrai», estime Andrew Holtz.
Mais le danger d'un décalage entre la société et la fiction est-il si grand ? Aux débuts de la série Urgences (ER) avec George Clooney, diffusée sur France 2, on voyait beaucoup de massages cardiaques qui ressuscitaient miraculeusement des patients en arrêt cardiaque. Le New England Journal of Medicine, la plus prestigieuse revue médicale américaine, avait violemment réagi et réclamé des auteurs plus de réalisme. L'adaptateur français de la série, le Dr Benoît Papon se souvient : «Du coup, des dizaines de milliers de médecins ont envoyé aux auteurs des anecdotes vraies et des conseils qui ont rendu rapidement la série Urgences crédible et donc mieux acceptée par le corps médical.» Un exemple de l'influence de la réalité sur la fiction en somme !

«C'est Google qui a le plus d'impact»Le téléspectateur est totalement transporté par ces histoires de détectives de la médecine : lorsqu'il voit un Dr Greg House revêche, brutal avec les malades («ils mentent tous !») et plein de cynisme, il peut risquer d'y croire. «Or, la médecine, c'est une affaire de technologie et d'empathie. C'est de l'amour que nous devons aux malades. Ce personnage très méticuleux, qui racle les fonds de tiroir de la science médicale, qui déteste les malades, ce n'est pas cela la médecine !», réagit le Pr Jean-Charles Piette, spécialiste de médecine interne à La Pitié-Salpêtrière, à Paris.
«Mais, au fond, si la télé influence les spectateurs, c'est Google qui a le plus d'impact, estime de son côté le Dr Marc Giroud, médecin au Samu de France. Depuis dix ans, les patients explorent sur Internet leurs symptômes, leurs maladies. Ils sont plus et mieux informés ; ils ont une idée assez construite de nos stratégies médicales, ils ont d'ailleurs une exigence de précision plus grande de notre part. À nous de faire correspondre notre raisonnement, nos explications avec cette nouvelle connaissance produite par les réseaux électroniques.»


Jean-Michel Bader
_________________
midou_may_med


Revenir en haut
Yahoo Messenger
Publicité






MessagePosté le: Sam 21 Nov - 18:36 (2009)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Institut des Sciences Medicales de Sétif Index du Forum -> Une Vie d'un Medecin -> Actualité Médicale Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Portail | Index | Panneau d’administration | créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB
Appalachia Theme © 2002 Droshi's Island
Traduction par : phpBB-fr.com
Designed & images by Kooky